Les personnalités

A l’heure où la dernière création du studio Quantic Dream, Heavy Rain, occupe encore une place majeure dans l’actualité mondiale, il est intéressant de revenir brièvement sur quelques exemples de créateurs français qui, ayant travaillé en Ile de France dans le domaine du jeu vidéo, mais aussi dans celui de l’animation, occupent une place privilégiée au sein de leur domaine respectif depuis ces dernières années.

Pour certains d’entre eux, comme David Cage ou Eric Viennot, le territoire francilien est encore le lieu privilégié où ils exercent leurs talents, tandis que d’autres tels que Christophe Balestra pour le jeu vidéo et Eric Bergeron pour l’animation, y ont acquis les qualités nécessaires pour ensuite rejoindre des grands studios américains, suite à une formation dans une école spécialisée, ou à la création de leur propre studio.

Programmeur français et figure montante du jeu vidéo actuel, Christophe Balestra est depuis 2001 vice-président de Naughty Dog. Il se charge des principaux projets Playstation 3 de cette société. Fer de lance technologique de la marque Playstation, le studio Naughty Dog est l’auteur d’un des blockbusters de la console: Uncharted 1 et Uncharted 2 (élu Game of the year 2009),  un grand jeu d’action-aventure combinant références ludiques (Tomb Raider, Pitfall..) et cinématographiques (Indiana Jones, A la poursuite du diamant vert).

Christophe Balestra s’efforce à  rendre la narration la plus vraisemblable possible dans ses jeux, en travaillant beaucoup le scénario, les dialogues et les cinématiques parsemées tout le long de l’histoire. Son objectif étant d’immerger le public dans l’histoire et l’univers du jeu.

C’est à Paris que Christophe Balestra a commencé sa carrière, en fondant en 1997 sa propre société de développement : Rayland Interactive. Ceci lui a permis, pendant quatre ans, de développer des jeux sur PC et Dreamcast.

A l’aube du nouveau millénaire, Christophe Balestra rejoint Naughty Dog, à l’origine de licences mythiques du jeu de plate-formes telles que Crash Bandicoot,  icône de la Playstation, ou encore Jak and Daxter. Il débute alors en tant que programmeur sur Jak II, avant de gravir les échelons jusqu’à atteindre le rang de co-directeur de la firme.

C’est sous sa direction que le studio à pris une tournure plus mature et davantage ambitieuse avec la licence Uncharted, sur laquelle il à participé à presque tous les niveaux de développement, profitant ainsi de son expérience en programmation acquise en France.

Fortement marqué par la littérature, les arts plastiques ou encore le cinéma, Eric Viennot fait figure de créateur multimédia accompli. Dans les années 80, il expose dans toute l’Europe des œuvres issues de domaines aussi variés que la photographie, la peinture et la vidéo. Il enseigne à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et fonde en 1990 le studio Lexis Numérique, situé à Paris.

Mais avant de se spécialiser dans le jeu vidéo, son travail en tant que designer graphique et directeur artistique est davantage concerné par l’image de synthèse. En se tournant ensuite vers le vidéo-ludique, il commence une longue série de jeux pour enfants: Les aventures de l’oncle Ernest, maintes fois déclinée entre 1998 et 2004, récompensée par de nombreuses distinctions internationales, et aujourd’hui reconnue comme un classique.

Lexis travaille également pour Disney ou encore Ubisoft, en adaptant le film E.T l’extraterrestre ou la bande dessinée Papyrus en jeux vidéo pour PC. Parallèlement à d’autres productions pour consoles Nintendo DS et Wii, Eric Viennot entreprend en 2003 la série qui a depuis fait de lui une personnalité respectée: In Memoriam.

Proposant une expérience de jeu très singulière, In Memoriam démontre le désir de son auteur à tendre vers l’invention de nouveaux concepts de jeux d’aventure. Véritable enquête, et pionner des Alternative Realty Games, In Memoriam implique le joueur lui-même dans l’histoire, via un réseau de sites web, bien réels, ou créés pour l’occasion. L’objectif est de donner une liberté aux joueurs en puisant dans la richesse d’internet et de l’interactivité. La présence d’images filmées dans le jeu accroit ce rendu réaliste, et de ce fait la crédibilité de l’histoire.

Cette démarche artistique, ainsi que celle d’Expérience 112 (2007), illustre l’influence d’arts antérieurs au média vidéo-ludique, perceptible chez les créations d’Eric Viennot. Son style, mature et légèrement expérimental, à fait de lui une figure originale et reconnue parmi les développeurs français.

Eric Bergeron, réalisateur et scénariste français de cinéma d’animation, a commencé par étudier à Paris au sein de la prestigieuse école des Gobelins. Il est notamment connu pour son travail de co-réalisation sur Gang de Requins (2004) des studios américains Dreamworks.

Diplômé en 1985, où il reviendra ultérieurement enseigner, Eric Bergeron a travaillé comme superviseur en animation sur des films tels que L’Aventure de Pinocchio (1996) de Steve Baron et chez Disney (Fievel au Far-West – 1991, The Goofy Movie -1995).

Il rejoint ensuite Dreamworks, sur des travaux de réalisation sur la comédie d’aventure animée La Route d’Eldorado (2000), le blockbuster Gang de Requins (2004), et les storyboards de films tels que Sinbad (2003) et Souris City (2006).

Depuis Eric Bergeron est revenu en France et travail sur un projet original de film d’animation, au budget très élevé, prévu pour 2011 : Un Monstre à Paris.

De son vrai nom David De Gruttola, David Cage est un concepteur de jeux vidéo français connu pour ses ambitions nettement affichées, et sa volonté de s’approcher autant que possible d’une forme de cinéma interactif.

PDG depuis 1997 du studio parisien Quantic Dream, qu’il à lui même co-fondé avec Guillaume de Fondaumière (ancien Prédident du SNJV et actuel Président de l’EGDF, le syndicat européen des développeurs de jeu vidéo), David Cage est parvenu à faire évoluer le jeu d’aventure vers une forme originale et quasiment inexplorée en seulement trois projets: Omikron-The Nomad Soul (1999) ; Fahrenheit (2005) et le récent Heavy Rain (2010).

Avec The Nomad Soul, édité par Eidos et sorti sur PC et Dreamcast, il fut l’un des créateurs précurseurs de jeux d’aventure et d’action à monde ouvert, en proposant un univers inspiré des nouvelles de science-fiction, qu’il écrit régulièrement. Le jeu offrait aux joueurs une grande liberté d’action et de mouvement alliée à de nombreuses interactions possibles avec les multiples personnages de l’histoire. Le jeu était également marquant par la collaboration étonnante entre Quantic Dream et le chanteur David Bowie. En plus d’avoir participé à la bande originale du jeu, l’artiste apparaissait en effet modélisé en tant que personnage in-game.

Plus tard, Fahrenheit, sorti sur Playstation 2, Xbox et PC, apportait lui aussi un certain nombre de nouveautés et d’innovations au jeu d’aventure. Avec une esthétique très cinématographique, comparable à celle du polar, et un sens de la mise en scène proche de certaines séries policières, le jeu posait certaines bases consistant à faire évoluer l’histoire selon les décisions du joueur.

Les couches de neige de Fahrenheit laissèrent place à la pluie battante de Heavy Rain, sorti en 2010 sur Playstation 3. Plus proche cette fois-ci du thriller interactif, plus complet et plus ambitieux encore que son prédécesseur, ce jeu à remporté un vif succès avec plus d’un million d’exemplaires vendus en quelques mois. Cette réussite à conforté son créateur sur le fait qu’il est possible aujourd’hui de reproduire de nombreuses émotions à travers le média vidéo-ludique, en puisant dans la technologie (Quantic Dream possède son propre système de captation optique “motion capture”), mais aussi par un travail d’écriture très conséquent (le script contient 2000 pages).

En cela, David Cage rejoint d’ailleurs Eric Viennot dans le cercle des développeurs œuvrant pour toucher un public plus large que celui traditionnellement associé au jeu vidéo. Il concourent tous deux à en faire un média mature et ouvert à l’innovation.